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Que pèse l’automobile dans les bilans énergétiques et climatiques mondiaux ?

Grégory Launay - Dernière mise à jour : 26 décembre 2009

 

Quel est le poids du transport dans le bilan énergétique ?

Le transport consomme environ 2,1 Giga tonnes équivalent pétrole (ou Gtep) de pétrole final (c'est-à-dire de pétrole raffiné, par opposition au pétrole brut) par an. Cela représente un peu plus 60% de la consommation totale de pétrole dans le monde. Ce pourcentage est en très forte augmentation sur les trente dernières années, en 1973 le poids du transport dans la consommation de pétrole n’était que de 45%.


Consommation de pétrole final par secteur d'activité en millions de tep - Source : Agence internationale de l'énergie, 2009

Cette progression de la part dédiée au transport ne fait que traduire la dépendance qu’a ce secteur face au pétrole (l’automobile en est dépendante à 98%).  Les secteurs d’activités industrielles ont substitué autant que possible le pétrole par d’autres sources d’énergie primaire suite aux deux chocs pétroliers des années 70… ce que le transport n’a pas pu faire. C’est la contrainte de la densité énergétique qui s’exprime ici clairement. Dans notre addiction au pétrole, le transport tient la palme …

Le pétrole pèse environ 42% de l’énergie finale consommée (3,5 Gtep sur un total de 8,2 en 2007), le transport représente donc un gros quart de notre consommation énergétique mondiale (2,1 Gtep sur un total de 8,2).

 

Et l’automobile dans tout ça ?

La répartition des différents modes de transport pour la France montre que la part de l’automobile dépasse les 50% (25 millions de tonnes sur près de 50).


Consommation de produits pétroliers par usage finaux en France, en millions de tonnes - Source : Observatoire de l'énergie, 2002

Ce ratio appliqué à la consommation du transport mondial donne 1,05 Gtep pour l’automobile. Les transports internationaux ne sont pas pris en compte pour établir ces statistiques nationales. Le maritime, le ferroviaire et surtout l’aérien sont donc minimisés dans ces données.

Une autre manière de compter est de repartir de l’estimation du parc automobile mondial. Un milliard de véhicules consommant 9 litres au 100 km sur une distance de 15000 km par an nous donne environ 1,16 Gtep de pétrole soit environ 60% des 2,1 Gtep de pétrole consommé pour le poste transport. Pour être plus parlant cela correspond à une consommation de 30 millions de barils de pétrole par jour (sur les 85 millions consommées). Nous avons ici un premier ordre de grandeur, le transport automobile pèse annuellement environ 1,2 Gtep de pétrole ce qui équivaut environ à :

  • 15% de la consommation énergétique finale mondiale
  • 34% de la consommation de pétrole final mondiale

Passons maintenant aux gaz à effet de serre …

 

Quelle est le poids du transport dans le bilan climatique ?

Une remarque préliminaire afin d’éviter toute confusion. Il y a trois façons de compter les gaz à effet de serre et il est important de les distinguer.

La première façon consiste à compter tous les gaz à effet de serre directement influencés par les activités humaines tel que définit dans le carde des Nations Unis. Ces gaz sont :

  • le dioxyde de carbone (CO2)
  • le méthane (CH4)
  • le protoxyde d’azote (NH4)
  • plusieurs familles de gaz synthétiques fluorés (HFC, PFC et SF6)

Pour simplifier la manière de compter on attribue à chacun de ces gaz un Pouvoir de Réchauffement Global. Cela permet d’en faire la somme et de les compter en « CO2 équivalent ».

Comme le dioxyde de carbone est le gaz qui pèse de loin le plus lourd dans la balance et que c’est également celui qui est directement relié à la combustion des ressources fossiles, une seconde façon de compter consiste à s’intéresser à lui uniquement.

Enfin, dans les émissions de CO2, on est parfois amené à ne compter que celles qui proviennent directement des combustibles fossiles. Ces trois manières de compter donnent les résultats suivants :


Emissions mondiales des GES - Source : MEDAD, 2009 - chiffres 2006

Lorsque l’on évalue la part relative des différents secteurs d’activité il est important de savoir à quelle somme on se réfère !

Pour ce qui est du poids du transport, les chiffres 2004 donnent un peu plus de 6 Giga tonnes d’équivalent CO2 (ou Gt CO2eq) soit un peu plus de 12% du total des émissions de gaz à effet de serre. La quasi-totalité des émissions liées au transport le sont par émissions directes de CO2.


Emissions mondiales de GES par secteurs - Source : GIEC, 2007 - chiffres 2004

Ce chiffre est certes très important mais il est probablement plus faible que la place de l’automobile en tant que symbole sur ce sujet le laisserait penser. On voit par exemple que le poste UTCF (utilisation des terres, leur changement et les forets : en gros la déforestation) pèse plus que le transport ! Qui le sait ? Autre remarque, le secteur des transports n’est pas celui dont les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de manière la plus importante entre 1990 et 2004. Il est devancé par les postes UTFC et Energie.

Un zoom sur les pays industrialisés (en gros l’OCDE) permet de nuancer ce propos. Dans ces pays, ou en général les forêts sont gérées à peu près correctement et ou le besoin en énergie croit de manière plus contrôlé, le transport est bien la principale source d’augmentation des émissions de CO2 fossiles.


Poids du transport dans les émissions de CO2 fossiles de l'Union Européenne (en milliers de tonnes) - Source : Transport & Environnement, 2009

 

Zoom sur la contribution de l’automobile

En France un peu plus de 60% des émissions de CO2 du transport sont attribués à l’automobile (VP + VU).


Emissions de CO2 par mode de transport en France métropolitaine - Sources : CITEPA, 2006

Un même ratio appliqué à l’échelle mondiale donne environ 3,6 Gt de CO2 équivalent attribué à l’automobile. Ce chiffre est probablement surestimé car il néglige les transports internationaux.

Le calcul réalisé à partir de l’estimation du parc automobile mondial (un milliard de véhicules émettant 225 grammes de CO2 par km sur une distance de 15000 km par an) donnent environ 3,4 Gt de CO2. Le cabinet McKinsey, dans une étude de mai 2009, donne 3 Gt pour les véhicules particuliers uniquement (sans les véhicules utilitaires légers) … bref l’ordre de grandeur est le bon. Le transport automobile pèse donc annuellement environ 3,4 Gtep de CO2 équivalent ce qui équivaut à :

  • 12% des émissions de CO2 fossiles (environ 28 Gt CO2eq)
  • 7% des émissions de gaz à effet de serre (~50 Gt CO2 eq)

Quelques commentaires …

Quelques remarques personnelles sur ces chiffres. Tout d’abord on constate que le « poids » de l’automobile dans le bilan énergétique est plus élevé que dans le bilan climatique. C’est un peu normal puisque dans le bilan climatique sont aussi comptabilisés les problèmes de gestion des terres (déforestation, émission de protoxyde d’azote liée à l’agriculture, etc.) ce qui fait mécaniquement baisser le poids des postes qui consomment du fossile !

D’autres parts il faut bien réaliser que les deux contraintes (énergétique et climatique) ne doivent pas être considérées tout à fait de la même manière.

La contrainte sur les gaz à effet de serre, liés au réchauffement climatique, s’exprime de manière politique. Les effets du réchauffement climatique ne se feront sentir que progressivement, sur une période de temps longue. C’est la prise de conscience de la population qui, exprimée par la voie politique, contraint les constructeurs automobile à respecter des normes sur les émissions de CO2 (voir le système du bonus / malus en vigueur en France). La contrainte physique, bien réelle, reste lointaine. A horizon proche, c’est une contrainte « souple ».

La contrainte sur la disponibilité énergétique, en revanche, a une expression physique beaucoup plus directe. Si l’offre de pétrole n’arrive pas à satisfaire la demande, des voitures s’arrêtent de rouler et aucune réglementation ne pourra y remédier. A horizon proche, c’est une contrainte « dure » !

N’est il pas alors surprenant que la réglementation, qui guide les développements élaborés par les constructeurs, ne s’appui que sur la contrainte climatique (les émissions de CO2) et non sur la contrainte énergétique ?

Alors que le problème du climat commence à être accepté par la population, peut être ne croyons nous pas collectivement que le pétrole va venir à manquer …